06.02.2008
L’encre et la vie
Un jour viendra où tout s’arrêtera sans que je m’en souvienne.
Un avant-goût de pierre tombale, nos noms sur les petites portes des boîtes aux lettres.
À l’occasion du décès de mon père, je réalise combien nos vies sont sans amour.
Et si la mort était comme un immense chagrin d’amour ?
La seule conscience de la mort devrait suffire à faire de nous des adultes.
J’étais vivant avant de naître. Vivre de cette première naissance.
La pensée est une forme de la possession qui détruit ce qu’elle prétend saisir.
Accepte de ne pas savoir et j’apprendrai de toi.
La flèche du savoir est enduite de mépris.
Les idées sont du temps, mais l’intuition qui les contient est éternelle.
Penser, c’est fabriquer du temps.
Nous ne connaissons des choses que les idées que nous en avons. Ces idées nous renseignent davantage sur nous-même que sur les choses.
Tout savoir appartient au passé, est archéologie.
Pensées, langage et action sont le produit de nos acquis mentaux. Le « moi » n’est que l’un de ces acquis.
Le présent n’est pas de l’ordre de la pensée. Il n’est pas objet de connaissance, mais vie. Le présent n’est pas de l’ordre temporel — il ne s’écoule pas —, mais est constitué d’une série d’instants successifs, discontinus et immédiats.
Je suis la chose sans le nom.
Tous les enseignements, même les plus actuels, appartiennent, comme toute pensée, au passé. Seule la libération est du présent.
La vie intellectuelle qui repose sur la seule pensée est indigente. Tout au plus parviendra-t-elle à produire des livres, c’est-à-dire à servir des intérêts particuliers.
Savoir, c’est pouvoir, car raison et volition sont une seule et même chose. La lutte pour le pouvoir n’existerait pas, s’il n’y avait d’abord lutte pour la connaissance.
Pensant philosopher, nous ne faisons que de la morale ; pensant nous spiritualiser, nous pratiquons un arrivisme spirituel qui n’a rien à envier à son cousin l’arrivisme social.
L’esprit affleure des sens plongés dans la chair des idées.
Une juste part de connaissance ne dépasse pas le seuil où l’on on ne sait plus se taire. Plus on en sait, moins on en dit.
On admire ou méprise également ce que l’on ne comprend pas.
Aimer et connaître : deux visages d’une même façon d’expérimenter l’Absolu.
Les règles sont des recettes que déborde l’expérience.
La règle n’est pas une contrainte, elle est la rampe où se raccrocher lorsque nous perdons pied.
Le monde est un grand cirque où l’expérience se compte en tours de cage.
Etre, comprendre et participer ne font qu’un.
On ne pense bien qu’avec les mots justes.
Il n’y a pas de beaux sentiments sans raisonnements justes.
On parle bien, simplement et en toute clarté de ce dont on a une longue expérience.
La pierre taillée n’est plus caillou, le bois sculpté végétal, mais l’homme seulement cultivé reste ignorant.
Réapprendre par les livres que vivre est l’unique savoir.
Rien de ce qu’on a voulu m’apprendre et que je n’avais déjà en moi n’y demeura longtemps.
Il faudrait pouvoir montrer, dire « regarde ! », au lieu d’écrire un poème.
L’homme est poète chaque fois qu’il donne à ses actes le sens de son amour.
Tel auteur à la mode se plaint qu’écrire lui soit un supplice, qu’il se rassure, c’est également un supplice de le lire !
La pédanterie est la vulgarité des gens instruits.
Je vois deux sortes d’individus à éviter : ceux qui voient le monde sans les livres et ceux qui ne le voient qu’à travers les livres.
Aphorisme : slogan des gens d’esprit.
Prêt-à-Penser : La mode est à la minijupe intellectuelle : ayez les idées courtes !
Les bons écrivains doivent tout à la vie ; les mauvais, à leur manque d’imagination.
On croit penser et c’est le langage qui pense à notre place. Un grand écrivain est un homme qui fait penser la langue.
Je n’aime pas ces poètes dans le regard desquels je ne reconnaîtrais pas mon propre chien.
En France, on ne lit pas, on relit !
Toute la question du style est de ne pas sur-écrire ce que l’on a à dire. Oublier que l’on « connaît des mots ».
En littérature, la sincérité n’est qu’un aspect du style, qui, comme d’autres aspects du style, se travaille.
La célébrité : cette basse revanche de l’orgueil bourgeois sur la noblesse de sang.
Il se croyait « artiste » et s’adressait à ses amis comme à des journalistes.
Ecrire est se réserver le droit de la contradiction, parler sans être interrompu.
J’écris sur ce à quoi j’aspire.
Ecrire est une activité naturelle, une alternative au néant qui fait un avec son objet. Ecrire est toujours une célébration.
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