06.02.2008

Le monde mode d’emploi

 

Le silence est adossé à la solitude, comme la solitude l’est à la prière, et la prière à l’amour.

 

 

 

 

Les paroles expriment ce que nous désirons ; l'action, ce en quoi nous croyons; le silence, la présence au réel.

 

 

 

 

Toute parole commence par un silence. Le silence de l’être.

 

 

 

 

On met trois ans pour apprendre à parler et toute sa vie pour apprendre à se taire.

 

 

 

 

La bêtise ne consiste pas à dire des absurdités, mais à ne pas s’apercevoir que l’on en dit.

 

 

 

 

Nous aurons dit tant de paroles inutiles et si peu de nécessaires.

 

 

 

 

Les choses qui valent la peine d’être dites ne sont pas longues à dire.

 

 

 

 

Un compliment fait trop généreusement est une ostentation qui, bien souvent, trahit la haute idée que l’on se fait de soi-même.

 

 

 

 

L’excès de franchise tend à la flatterie ou à la cruauté, selon nos dispositions.

 

 

 

 

Tomber d’accord n’est rien, si ce n’est pas pour les mêmes raisons.

 

 

 

Je ne connais pas de cause de malentendu plus courante ni plus contraignante que de tomber d’accord avec quelqu’un pour des raisons qui, au fond, divergent sans qu’on y pense. C’est proprement se constituer prisonnier de l’opinion d’autrui : la pensée pieds et poings liés dans la corde de paroles qui nous indignent.

 

 

 

 

Intelligent, il faudrait l’être assez pour savoir être bête à propos.

 

 

 

 

C’est la prévisibilité des imbéciles qui fait le savoir du Sage.

 

 

 

 

N’ayant pas l’esprit de notre temps, nous vivons en un temps sans esprit.

 

 

 

 

Le lot de ceux qui se croient au-dessus du lot…

 

 

 

 

« C’est fou ce que vous vous ressemblez ! »

 

« Oui, surtout lui. »

 

 

 

 

On dira ce que l’on voudra : il n’y a pas que la beauté intérieure !

 

 

 

 

Image des relations avec nos semblables : oiseaux de bord de route entr’aperçus seulement quand ils s’envolent.

 

 

 

 

L’argent n’est pas le pourquoi de notre malheur ; il n’est que le comment de notre déchéance.

 

 

 

 

Un signe des temps : aller chez son médecin pour lui parler des vacances ou du rendez-vous important qu’une maladie risque de nous faire manquer, au lieu de s’inquiéter de sa santé.

 

 

 

 

Les tueurs en série, ou le prêt-à-porter du crime.

 

 

 

 

 

Rien à cacher, rien à montrer : le tout à vivre.

 

 

 

 

Ce que je pardonne le moins facilement aux autres : mon instinct grégaire.

 

 

 

 

Les hommes sont tels qu’ils pardonnent plus volontiers à qui fait le mal et s’en repent qu’à quiconque s’abstient de faire et le bien et le mal et n’en nourrit aucun remords.

 

 

 

 

La patience est la fleur du courage.

 

 

 

 

L’authentique piété et le courage de la liberté sont un. L’authentique piété est contenue dans le courage de la liberté.

 

 

 

 

Tout mon courage consiste à savoir que ma peur est injustifiée. Mon courage est patience à l’égard du peureux que je suis.

 

 

 

 

Agir en profondeur, comme on dit de quelqu’un qu’il a des « pensées profondes ».

 

 

 

 

Certains hommes aux besoins exceptionnels passent pour égoïstes ou monstrueux auprès du commun qui n’a que des plaisirs frustes.

 

 

 

 

Les hommes préfèrent la culpabilité au silence du ciel.

 

 

 

 

La culpabilité ne vient pas de Dieu, mais du monde.

 

 

 

 

Le ciel n’est pas un modèle pour la vie sur terre, il est l’air que respirent les vivants.

 

 

 

 

Le coupable est son meilleur juge.

 

 

 

 

Nos erreurs sont comme les pupilles de nos yeux : sans cette part d’ombre, nous ne verrions pas la lumière.

 

 

 

 

Mes ombres sont le raisin de mon amour.

 

 

 

 

Qu’est-ce que la lumière, sinon l’obscurité devenue visible ?

 

 

 

 

De même que c’est dans les failles du granite que s’installe la végétation, c’est dans nos faiblesses que s’inscrit la vie.

 

 

 

 

A ceux qui vous disent de ne pas juger sur les apparences, répondez qu’on ne saurait juger autrement que sur des apparences.

 

 

 

 

Il n’est pas de justice véritable sans justesse dans le jugement.

 

 

 

 

Il n’est pas de présence au réel sans suspension de tout jugement.

 

 

 

 

            La suspension du jugement suit naturellement de la libre activité dialectique de l’esprit.

 

 

 

 

On juge faute de pouvoir comprendre : l’ignorant croît connaître ce qu’il envie ou méprise, mais il ne connaît que son propre jugement.

 

 

 

 

Au plan de l’ascèse, le monde est l’occasion de ma sagesse.

 

 

 

 

Le Sage sait qu’on ne vient jamais à bout de la poussière ; il élimine son aversion pour la poussière.

 

 

 

 

Le Sage parle de l’Absolu et l’insensé lui demande si cela suppose « une ouverture à l’autre ».

 

 

 

 

Le Sage n’interprète pas les coïncidences, car il en connaît les causes.

 

 

 

 

Les apparences sont trompeuses ! Surtout quand on en ignore les causes...

 

 

 

 

Les apparences ne sont jamais autant trompeuses que lorsqu’elles nous sont favorables, parce qu’alors il n’est plus dans notre intérêt immédiat d’en rechercher les causes, de chercher l’être derrière le paraître.

 

 

 

 

Certains arrivent à se forger dans les apparences un abri à leur essence intime. La plupart ne trouvent jamais ce havre : ils sont semblables à des bijoux sans écrins. Les autres sont de simples écrins sans bijoux à l’intérieur.

 

 

 

 

L’humour est la seule forme d’esprit partisan que s’autorise un Sage.

 

 

 

 

Il faut beaucoup d’amour et de bienveillance pour faire un tout petit peu d’ironie.

 

 

 

 

            On dit que la prière, la solitude et le silence sont affaire de paresseux. Au contraire, toute paresse et toute tendance néfastes tendent à disparaître dans la solitude soutenue par la prière. La solitude n’est pas le lieu du vice mais de toutes les grâces.

 

 

 

 

            La compagnie crée des manques que la solitude ignore.

 

 

 

 

La vie solitaire n’est pas refus des hommes, mais recherche de l’humain ; et dans l’humain, c’est le divin qu’elle cherche.

 

 

 

 

            Le religieux comme sentiment humain du divin. De ce point de vue, la vie en Dieu n’est pas le privilège de la religion institutionnelle.

 

 

 

 

Le solitaire sait bien qu'en se tenant intérieurement et physiquement à bonne distance du monde, chacun des pas qu'il fait en direction de l'un de ses semblables est un rapprochement d’avec le tout. S'il vivait à l'intérieur des foules, il lui serait impossible d’aller vers l'un sans s'éloigner de nombreux autres.

 

 

 

 

La solitude parfaite est communion au sein de notre condition commune. La solitude est au fondement de l’amitié.

 

 

 

 

L’ignorant se croit seul et s’isole.

 

 

 

 

La solitude était notre façon à nous d’être ensemble…

 

 

 

 

            La solitude est la chose la plus familière qui soit, si bien qu’on ne s’y sent jamais perdu. Je suis partout chez moi, car la solitude est ma maison.

 

 

 

 

Qui veut unifier regarde ce qui unifie, qui veut séparer regarde ce qui sépare.

 

 

 

 

De même que l’on ne conquiert jamais entièrement le monde, il est douteux que l’on ne s’en détache jamais vraiment.

 

 

 

 

 

 

 

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