06.02.2008

Mathématique de l’attente

 

La gratuité d’être nous astreint à déterminer par nous-même la valeur de nos actes.

 

 

 

 

Ce qui n’est pas gratuit est de moindre valeur. Personne ne le conteste et nul n’en tire les conséquences.

 

 

 

 

Il n’y pas dans l’être de hiérarchie des valeurs. Dire de l’être qu’il est la valeur absolue ou qu’il n’a aucune valeur, c’est dire deux fois la même chose, et c’est ne rien dire.

 

 

 

 

De même que la souffrance occupe une place bien trop importante dans l’existence pour n’être qu’un simple désagrément, il y a quelque chose de proprement irrépressible et de comblant dans la joie qui en fait tout autre chose qu’un simple agrément.

 

 

 

 

La méchanceté de l’un fait la malchance de l’autre.

 

 

 

 

— Qu’est-ce qu’une tragédie ?

 

— Une comédie qui n’a que trop duré.

 

 

 

 

Mon Dieu, gardez-nous de la tragédie, parce que, pour ce qui est de la comédie, on s’en occupe.

 

 

 

 

Tu as peur de souffrir et ton champ reste vain.

 

 

 

 

Plus douloureuse que la souffrance, la révolte contre la souffrance. Accepter de souffrir comme on accepte de se réjouir. Notre seul recours pour que l’inévitable soit à la fois supportable et fertile.

 

 

 

 

Etre conscient de sa propre vulnérabilité est une force.

 

 

 

 

On commence par pleurer beaucoup sur soi-même avant de compatir un tout petit peu à la souffrance des autres.

 

 

 

 

Vu à travers les larmes, le monde prend toujours plus d’importance qu’il n’en a en réalité.

 

 

 

 

On a l’humour de ses chagrins et les défauts de ses qualités.

 

 

 

 

Trouver la vie cruelle, c’est se retourner sur le bruit que fait l’éternité.

 

 

 

 

Comme l’huître : transformer la souffrance en joyaux.

 

 

 

 

Résoudre le problème de la souffrance serait résoudre le problème de l’amour. La souffrance ne nous révèle pas tant notre peu d’amour qu’une piètre connaissance de nous-même. Aimer mal fait souffrir, mais l’on aime mal parce que l’on se connaît peu. Car mal se connaître nous fait attendre l’impossible, qui est souvent le superflu. Je m’explique : par ignorance de soi, nous sommes conduits à demander à l’être cher ce que soi seul pouvons nous donner. Ce n’est pas aimer, ou du moins c’est aimer imparfaitement que d’exiger d’autrui qu’il soit mon duplicata. Un amour tend vers la complétude lorsque les aimants se connaissent assez pour vouloir l’autre tel qu’il est et non tel qu’il n’est pas. Il n’y a pas d’amour sans connaissance de soi. Et se connaître est accomplir son destin dans cette solitude habitée qu’est l’amour.

 

 

 

 

            L’amour est le juste équilibre entre la mollesse et la rigidité. IL est la vigueur, la santé, le sourire et la joie. Il est la vie dans son heureux accomplissement.

 

 

 

 

Les choses ne me rappellent plus rien qu’elles-mêmes.

 

 

 

 

J’accueille la chose sans le nom, et je m’étonne que cette chose et moi sont un.

 

 

 

 

C’est dans leur enveloppe que s’est cachée la vérité des choses.

 

 

 

 

La conscience se fige dans l’inattention : fabrication de l’ego.

 

 

 

 

L’apparition du soi dans la vie mentale suppose que le terme ultime de la vie psychique soit la conscience, et non le soi. Il y a conscience, et cette conscience est faite de pensées dont certaines, telle celle du  moi, ont la capacité d’être réflexives, de prendre conscience d’elles-mêmes. Le soi est un objet de la conscience, et non l’inverse.

 

Il n’y a, donc, que le flux des pensées (dont le moi fait partie), des émotions et des sensations. Mais il n’y a pas de sujet qui les pense, les ressent et les sent. Celui qui croit penser, ressentir, et sentir est lui-même un objet de (la) pensée, du sentiment et des sens. Des faits mentaux arrivent, de même qu’arrivent quantité d’autres événements tant « internes » (digestion, images mentales) qu’ « externes » (bruits et odeurs divers, courses au supermarché, guerres, etc.).  Tous ces événements sont possibles sans qu’il n’existe de « centre » de la personnalité tel que le moi. Ce que nous appelons un homme est un champ d’activité constitué d’événements, ou faits, physico-psychiques transitoires.

 

Il s’en suit que personne ne se libère, ne réalise rien, ne renonce à rien. Il peut y avoir une pensée servile, rebelle, autoritaire ou contestataire, mais pas de pensée libre, c’est-à-dire absolument déconditionnée. Ce qui explique que les contestataires d’aujourd’hui sont souvent les doctrinaires de demain. La liberté est de l’ordre de la vie, c’est-à-dire de la présence, non de la pensée.

 

 

 

 

Le poisson aux écailles d’eau

 

L’oiseau aux ailes de vent

 

L’homme à la chair des pensées, des émotions et des sensations qui le constituent.

 

 

 

 

Un homme qui dort ne le sait pas, comment un homme qui veille saurait-il s’il ne dort pas ?

 

 

 

 

A l’homme inattentif destin contraire.

 

 

 

 

Qu’il lui soit contraire ou favorable, l’homme inattentif reste étranger à son propre destin

 

 

 

 

L’écoute a la paix de l’âme pour condition, mais la paix de l’âme est l’écoute en toute chose.

 

 

 

 

On dit d’un homme qu’il « écoute », lorsqu’il ne rivalise pas avec ses camarades dans les chroniques de la vie ordinaire.

 

 

 

 

Un miracle, c’est du possible expliqué aux ignorants.

 

 

 

 

On voit les grandes choses dans les petites.

 

 

 

 

Les grandes choses sont celles que l’on vit intensément.

 

 

 

 

Tout est précieux dans le détail et sans importance en général.

 

 

 

 

L’égoïsme n’est pas seulement le refus de donner, mais surtout la crainte de ne rien recevoir en échange. Cela explique l’avarice de ceux qui refusent d’accepter de peur de ne rien offrir en retour. La générosité est inconditionnelle et ne dépend pas de ce qu’on donne ou reçoit. La générosité n’est pas le don, mais la condition originaire du don. Elle engendrera l’offrande et l’accueil. Qu’une porte s’ouvre sur l’intérieur ou sur l’extérieur est indifférent, pourvu que l’on puisse entrer et sortir à volonté. Si l’accueil ou le don fait défaut, la générosité est imparfaite et l’égoïsme règne. Donner et recevoir sont un.

 

 

 

 

Si la pitié ne s’applique pas à atténuer la souffrance, alors elle n’est que mollesse de l’esprit.

 

 

 

 

Quand la main bien se tend, la bouche reste close.

 

 

 

 

Qui prend d’une main donne inutilement de l’autre.

 

 

 

 

La charité véritablement généreuse et originaire, c’est la justice inspirée par l’acte créatif d’être ce que l’on est.

 

 

 

 

Joie de sentir que l’on participe de la création comme ensemble des créatures et acte de création de Dieu.

 

 

 

 

Je marche avec celui qui chemine, roule avec le cycliste, pêche avec le pêcheur à la ligne, boit avec l’ivrogne et cueille des fleurs avec l’enfant au bouquet.

 

 

 

 

Au fond, si nous voulons tout et n’avons rien, c’est parce que nous connaissons le désir de tout et la condition de rien.

 

 

 

 

Que le désir qui veut devienne désir qui donne.

 

 

 

 

La sagesse est une volonté qui donne.

 

 

 

 

Il faut commencer par posséder une chose avant de pouvoir la désirer. Tant qu’on ne la possède pas, on croit l’avoir et on ne la cherche pas.

 

 

 

 

Il ne dépend que de moi d’accepter qu’arrive ce qui n’en dépend pas.

 

 

 

 

Peu importe le chemin tant que la peur ou l’envie choisissent pour toi. Si tu es ton propre chemin, qu’as-tu à faire de choisir ?

 

 

 

 

Chemin d’une vie d’homme naissant de ses pas sans sillage.

 

 

 

 

La facilité, c’est le sourire de la résignation.

 

 

 

 

Surabondance de la simplicité dans l’épaisseur diaphane de l’esprit — plutôt que tout arrimage dans aucun port connu de l’âme.

 

 

 

 

Difficile simplicité, aliénante facilitée, nous sommes destinés à l’effort.

 

 

 

 

Toujours, inlassablement, reprendre le fil de son inachèvement.

 

 

 

 

Seul l’effort renouvelé d’être soi peut établir notre continuité… dans l’inachèvement.

 

 

 

 

            Rien de ce qui est d’emprunt n’est à notre véritable mesure.

 

 

 

 

Qui plaint sa peine boude souvent son plaisir.

 

 

 

 

La fin justifie rétrospectivement les moyens et le commencement les détermine.

 

 

 

 

Au-dessus d’un certain seuil de vitesse, le mouvement passe à côté de la présence.

 

 

 

 

Les hommes-tortues rattrapent le lièvre de l’instant.

 

 

 

 

Sagesse des manches à air : ne pas chercher à retenir le vent.

 

 

 

 

Il n’existe rien d’autre que les choses telles qu’elles sont, il faudra donc nous en contenter.

 

 

 

 

C’est de l’amour des choses comme elles sont que naquit Dieu ; et de leur intelligence dont il mourut.

 

 

 

 

L’intelligence de la vie et la vie de l’intelligence sont une.

 

 

 

 

Seule l’intelligence des situations libère de la servitude morale.

 

 

 

 

L’intelligence est vision unitive.

 

 

 

 

Retrouver l’origine actuelle des êtres, par-delà le mythe de l’individualité.

 

 

 

 

Chaque singularité humaine est l’expression d’une même humanité. Il n’y a qu’un seul homme — l’homme universel,  éternel vivant dans l’entendement de Dieu —, dont chaque homme est un mode en passe de réaliser l’homme éternel en lui, sur la modalité propre qui est la sienne.

 

 

 

 

La vie éternelle est à jamais fermée à l’individu humain. C’est en tant que nous participons à la manifestation différenciée, hypostatique de l’unité, que chacun d’entre nous y a accès.

 

 

 

 

 

Commentaires

"Sagesse des manches à air : ne pas chercher à retenir le vent."

Superbe !
On dirait un koan !

Ecrit par : jackimarechal | 11.03.2008

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