18.02.2008

Renaître à la vie

Il y a des fois où l'emprise de la souffrance morale et de l'inquiétude est si totale que le temps semble se figer, l'instant présent s'étirer de façon indéfini; paradoxe d'une agonie qui tire sa force de l'oubli que l'on est mortel. Dès lors, il n'est guère étonnant que se souvenir qu'un jour on va mourir ait pouvoir de remède. Loin de toute morbidité, cette pensée de la mort nous libère du poids d'être soi et de la vie et nous rend à la santé, à la joie et à l'espérance. Nous ne sommes plus condamnés à souffrir dans la stagnation et les culs-de-sac du regret et de la nostalgie; nous réalisons que nous sommes voués à la vie dans ce qu'elle a de joyeux, de libre et de serein.

09.02.2008

Le Ruisseau dans la montagne

 

 

 

 

 

 

 

Le ruisseau

 

dans la Montagne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   « ...écoutons le silence, ensemble, et peut-être quelque mélodie perdue jaillira d’un ruisseau de montagne à l’eau fraîche et claire, limpide. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AVIS AU LECTEUR

 

 

 

 

C

 

heminant dans la montagne, il arrive qu’au fond d’un creux, d’un simple pli, ou d’une vaste vallée, coule un ruisseau inattendu. La soif fait que l’on y boit, les yeux parmi les pierres qui luisent au fond de sa clarté. Quand enfin on se remet en route, on se sent bien par-delà tout bien-être, et l’on sait déjà que l’on n’oubliera plus son goût d’éternité.

 

 

              La vie qui passe est notre seule trace ; les oeuvres les plus réussies ne sont que l’ombre d’une trace. La solitude est notre façon à nous d’être ensemble, le silence notre façon de le dire. Aussi, dans ce petit livre, l’essentiel est ce qui n’est pas écrit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NOUS sommes nés hommes au pays de nos pas courts de sillage, sous un ciel de marbre où des oiseaux de sable effleurent une mer de larmes en décrivant l’oubli.

 

 

Le monde finit ruisseau de papier gras après départ des marchands d’attitudes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

QUAND l’horizon se vide, et se dissipe l’illusion d’immortalité, l’instant se pose comme seule valeur d’escompte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TRAIT d’union de la ronde des nuits, les blanches racines d’un soleil noir fissurent les prisons d’écorce.

 

 

Les marais enfantent des songes où l’homme cherche à se libérer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UNE hirondelle suffit à faire l’été dans le cœur d’un homme.

 

 

La vie n’est supportable que dans la gratuité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PAPILLONS aux ailes de vertige qui collez à la bouche obscène et rouge de la vie privée de vie, n’approchez pas tant des flammes : vous n’êtes que la chenille des abeilles.

 

 

En haut de la colline où la relèguent les cultures humaines,

 

la forêt attend que rentre son abeille aux pattes chargées de pollen.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NÉNUPHAR toujours de nouveau ouvert, l’esprit se lève, donnant sa lumière au jour.

 

 

La vérité précède le sens des mots.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES figues suspendues à l’arbre sont là pour quiconque se voit hanté par la soif.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UN ciel entièrement bleu salut les visiteurs du Temple.

 

 

C’est de lui-même, et sans regrets, que, petit à petit, le fruit mûr quitte l’arbre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MAIS des soleils aux taches de regret fondent sur l’indécis qui brûle déjà de mille conspirations.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DANS un lieu de moi même plus vaste qu’une salle de bal, je danse de pudeur et d’espoir et de joie.

 

 

Rare est la fleur sauvage que j’ai trouvé parmi tant de domestiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES fleurs donnent leur pollen, sol de terre ou sol de gomme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PETITE fleur de la Montagne et de ses baisers âpres, que demander sinon la force de m’avancer vers toi.

 

 

Je n’ai que mon amour et ne puis le garder.

 

06.02.2008

Lettres d'un pays où les rues ne portent pas de nom

Nos grandeurs sont aussi nos limites. Elles sont le mur au bas duquel nous jetons nos imprécations. Au-delà de ce mur commence l’autre qu’humain. En deçà, « ou l’amour ou la mort ». La poésie est danse de phalène autour des flammes qui scellent si mal le mur de nos limites.

 

 

 

 

La poésie est l’expression de l’expérience sensible traversée par l’esprit.

 

 

 

 

Reflet dénaturé de l’au-delà des mots, la poésie vit à l’étroit dans les livres. Marée terrestre, elle me soulève du corps chenu de l’existence, m’enlève à tout, me donne à tout au-delà de tout et me hisse, par delà l’amour et par delà l’être, à la rondeur  diaphane de l’inconcevable.

 

 

 

 

L’univers est une sphère dont l’étreinte est amour.

 

 

 

 

Nous tournons autour du centre de nous-mêmes, mais jamais nous n’entrons. Nos pieds nus sont crottés de mots, et les planchers du palais nous restent interdits. Il faudrait avoir confiance, accueillir ce qui est sans plus de discussion, le reconnaître, et le bénir.

 

 

 

 

Rechercher l’approbation du monde est le signe d’un manque de confiance en Dieu. Car la confiance en soi découle de la fidélité à Dieu.

 

 

 

 

Remparts de l’inconnaissance qui font ceinture autour de l’âme. Nos sens en sont les tours d’ivoire. La pensée est révolte contre l’inconnaissance et sa révolte engendre les raisons de toutes les révoltes. C’est du constat d’inconnaissance que naît le tout premier silence. De ce silence, tout autre silence n’est que l’écho lointain. À l’intérieur des fortifications, sous le tilleul de la place centrale, a lieu le rendez-vous des vivants.

 

 

 

 

L’intelligence me porte au seuil de l’éternité et de la gloire qui transfigure les apparences. Je suis allé jusqu’où l’intelligence pouvait me mener. Elle me fait miroiter une terre promise qu’elle me dérobe en me la révélant. Le seuil où ses vagues me laissent est baigné de clarté. Je reviendrai au seuil de la clarté sur les ailes de l’intelligence, chaque fois enthousiaste, et chaque fois frustré, pour y être enseigné des secrets vivants de l’incompréhensible vérité. Je reviendrai boire à sa source jusqu'à transformation complète de chaque cellule de ma pensée.

 

 

 

 

Seul dans cette nuit, sans plus de pensées pour me tenir la main qu’un rêve, un lien, le désir sans borne d’une chose sans nom.

 

 

 

 

De même qu’un objet extérieur arrête la lumière solaire qui le révèle en s’effaçant devant lui, les objets présents dans la conscience arrêtent la lumière incréée de l’esprit en même temps que celle-ci les met en évidence. L’absence de tout objet dans l’esprit permet la diffusion totale de sa lumière incréée. Mais la lumière spirituelle reste invisible à l’entendement humain, puisque ce dernier est son ombre. Dieu, ou ce qu’on appelle communément ainsi, impossible objet de l’intellect, se manifeste dans la conscience, mais il n’est pas vu en lui-même. Il n’y a pas, dans l’âme, de différence entre le vide et la lumière qui le traverse de son invisible présence. Ou bien Dieu est entrevu, et l’objet même qui nous le révèle nous masque sa présence, ou bien il est senti et on ne le voit pas. C’est lorsque Dieu n’est ni senti ni perçu qu’alors, peut-être, on le connaît selon son propre mode.

 

 

 

 

Il est des terres où je m’éloigne. Le temps ne s’y attarde guère. Là-bas, j’habite une demeure lointaine. De là, je n’écris pas. J’écris dans le grand corps du monde où me projette un élan insondable. J’aime la vie là où elle vibre. Posté aux carrefours, j’écoute ma nature étrangère, me la rends familière.

 

 

 

 

Au rythme de ma propre nature, couché dans l’herbe, j’ai embrassé la terre dans sa nuisette encore fumante de sommeil. Une rosée secrète a inondé mon cœur, en a réchauffé la tiédeur. Longtemps mes lèvres s’étaient tendues en vain à l’idée de ce suc qu’elle seule pouvait leur donner. Plus qu’une seule certitude : celle du jour qui se lève.

 

 

 

 

Sur mon collier de dents, une seule est d’ivoire et ne se brise pas lorsque je le jette à terre.

 

 

 

 

Le concept de nature humaine ne se trouve pas dans la nature.

 

 

 

 

Oppose-t-on, comme pour mieux en montrer la complémentarité, la nature et la grâce, on oublie, cependant, que la nature elle-même est une grâce et que toutes ses opérations sont dans les mains de Dieu.

 

 

 

 

N’étant rien par nature, nous n’avons pas d’autre choix que de devenir Dieu par grâce. Il y a bien un pari sur Dieu. Renoncer au néant et à la souffrance qui en découle pour ne s’en remettre qu’à Dieu. Plonger en Dieu comme on se jette à l’eau. Plongée dans l’éternel présent. Quitter le rien pour le tout. Vertige de l’Absolu. Ne plus rien retenir. Ouvrir les yeux. Se laisser envahir et traverser par le tout de l’être. Que toutes mes entreprises aient Dieu pour origine et finalité. Il n’y a rien de profondément individuel dans l’être humain, rien de véritablement humain dans l’individuel, car l’humain est une idée de Dieu. Aussi, ce qui est véritablement humain est également divin. Il n’est qu’un seul réel et celui-ci est Dieu.

 

 

 

 

Si le Christ est le « Premier et le Dernier » d’entre les Vivants (Ap 1, 17-18), le Créateur de tous les hommes est aussi Celui en qui tous ont leur fin. Il n’y a donc qu’un seul homme, qui est l’Homme, et Celui-ci est Dieu. L’homme de Dieu et l’homme du conditionnement s’opposent jusqu’à un certain point seulement, car l’homme du conditionnement ne se situe pas en marge de Dieu. Il est en Dieu tout en étant ignorant de Dieu (Fils prodigue, « Ils ne savent pas ce qu’ils font », etc.). Il semble, à première vue, que la part de conditionnement en l’homme est considérable, tandis que la part de Dieu paraît bien moindre. En fait, il n’en est rien. C’est même plutôt le contraire qui est vrai : le conditionnement peut-être, certes, étendu, mais il n’a, ontologiquement, pas d’existence propre, tandis que la part de Dieu, si infime qu’elle puisse paraître, est ontologiquement souveraine et est donc appelée à se développer à l’infini (Parabole du grain de moutarde). A l’image de l’électricité produite par une dynamo, tout conditionnement est transitoire et cesse lorsque l’on cesse de le produire ou que disparaissent les conditions de sa production : le phare de la bicyclette s’éteint dès que celle-ci est à l’arrêt. Mais, à l’image d’une graine, la grâce de Dieu contient en germe la promesse accomplie de l’éternité, seule permanence encarapaçonnée de conditionnements, baleine bleue que recouvrent les coquillages de la mer. La graine de vie déposée en tout vivant, si elle se développe conformément à son programme (le programme que Dieu veut pour elle), cette graine, puis la plante et les fruits qui s’en suivront, seront participation à l’éternité, épanouissement en elle et transmission des conditions terrestres de ce partage. De la naissance à la mort, notre vie est prévue pour être une vie d’éternité, sans autre raison ni sens que le seul fait de sa douceur, de sa bonté et de sa gratuité. Mais la mort physiologique ne saurait atteindre ce qui n’est pas né, pas plus que l’éternité n’a commencé avec notre naissance. En entrant vivant dans l’éternité, nous prenons un train en marche que nous ne quittons plus.

 

 

 

 

Est-ce parce que nous avons la pudeur maladroite ou bien est-ce parce que nous nous faisons une trop haute idée — une idée faussement humaine — des choses spirituelles que tous les jours les hommes se parlent négligemment du temps qu’il fait comme si il n’y avait là rien qui soit intime.

 

 

 

 

Les hommes se font une idée de la spiritualité à la fois grossière et sophistiquée. Elle est grossière, lorsqu’ils voient en elle la promesse d’une vie après la mort ; elle est sophistiquée, quand ils se l’imaginent autrement qu’humaine et concrète. Dans les deux cas, leur conception est erronée. La spiritualité, c’est la connaissance vivante de l’absolu en l’homme que je suis.

 

 

 

 

Rideau rouge de cette chambre close d’où sortent nos ambassadeurs — ces ombres du théâtre de nous-mêmes. Lys blanc de tes épaules nues dans le vase clos de ma pensée : vie de phalène à cogner au carreau.

 

 

 

 

Un jour, j’ai éventré tous mes vieux oreillers. Quand leurs plumes ont volé dans mon petit jardin, j’ai confié mon coeur à cette frange ailée et puis j’ai ri de mes plus gros chagrins.

 

 

 

 

Quelque chose meurt en moi ces jours, sans que je ne puisse savoir quoi. Mille petites morts se meurent en moi. Violentes comme un arrachement ou bien lentes et diffuses, douces. Mais toujours ce même sentiment d’imminence et d’irréversibilité. Mes morts violentes sont des noyades, la tête contre les rochers. Dans mes autres morts, je nage avec le fleuve, épouse tous les reliefs intimes de l’être et de l’amour qui, alors, ne sont plus dissociables. La mort me rappelle au souvenir d’aimer, d’aimer les choses de ma propre vie, et les autres aussi. C’est dans ces petites morts que je me sens le plus en vie.

 

            Chacune de ces morts est une porte invisible que je franchis. Ainsi je change en faisant une plus grande place à la mort. Non, c’est la mort qui se fait une plus grande place en moi. Et à travers elle, c’est la vie qui s’écoule, irriguant mes jours. Comme une terre restée trop longtemps en jachère, ma vie, alors, reprend le cours de ses métamorphoses.

 

            Je joue avec le temps comme l’enfant d’Héraclite. Je construis des châteaux d’instants qui ne résistent pas au vent des choses. Tout passe et c’est si dur d’aimer et de mourir, de mourir et de vivre.

 

 

 

 

Parfois, je ne suis plus que tristesse sans cause, comme il y a des joies sans causes. Un vide m’envahit qui n’est manque de rien et qui, par conséquent, ne saurait être comblé par rien. Cela même qu’hier j’appelais plénitude est aujourd’hui béance.

 

 

 

 

Faire d’autant mieux pour garder son jardin impeccable que l’on sait par ailleurs qu’une mauvaise herbe de plus ou de moins n’a aucune incidence sur l’harmonie du tout.

 

 

 

 

J’ai cru savoir et j’ai parlé comme un qui sait. J’ai dit des mots comme on colle du papier peint sur un autre papier peint. J’ai chanté comme on se tient compagnie, de peur de n’étouffer au lierre de nos hasards prudents. La vie en différé se remplie d’intervalles. Et, plus je chante, plus l’amour s’éloigne. Tout échappe en grains infimes par l’entonnoir du temps ; que reste-t-il dans le filtre des mots ?

 

 

 

 

Si vous me trouvez sombre, parfois, c’est parce que la plus haute aspiration ne se nourrit pas seulement des promesses d’une vie plus belle, mais aussi du malheur, de la colère et de la déception.

 

 

 

 

Vertige de l’épiderme. Tout arrive avec le même air qu’il ne se passe rien, et peut-être même qu’il ne se passe rien qu’un infrangible et provisoire durcissement des apparences. Etres et circonstances arrivent, puis disparaissent, indissociables du tout où je les vois naître ; et c’est parce que tout ce qui est arrive que tout est circonstance. Les êtres sont des événements seuls et solidaires à la fois. Seul le seul est tout.

 

 

 

 

On peut retarder ou précipiter les événements, mais nous ne saurions en empêcher ni n’en provoquer aucun, car nous ne sommes à l’origine de rien. Jusqu’à nos propres décisions qui nous arrivent, sans que nous n’y puissions rien. Quelle misère cela serait, si le sommet de l’esprit consistait en ce soi-disant libre-arbitre dont s’affublent les automates humains !

 

 

 

 

C’est l’illusion du libre-arbitre qui fait le pantin humain.

 

 

 

 

L’amour dévoile la beauté au détour de l’inattendu et la beauté fait aimer l’amour au détour de tout, car aimer la beauté seule serait aimer la misère qui est la beauté sans amour.

 

 

 

 

Unité et surabondance dans l’épaisseur diaphane de l’esprit, plutôt que tout arrimage dans aucun port du monde connu de l’âme.

 

 

 

 

Souvent, nous vîmes le secret de tout et qu’on ne saurait dire passer de ta bouche à ma bouche. Souvent, il y eut cet incommensurable sentiment qu’il n’est rien que tout, et le silence avait le dernier mot.

 

 

 

 

Mystère de la vie cachée en évidence. Pouvoir du non manifesté soudain tout bruissant de silence : le visible empli de néant deviendra-t-il ce qu’il est dans le sans-nom des apothéoses ? Tout n’est qu’une farce de choses, et penser est bien triste pratique. Le silence est un cœur qui grandit. La confiance est ma certitude, l’évidence son plus fidèle témoignage. Plus on est, moins cela se voit.

 

 

 

 

Rien de quelque chose

 

Rien du néant

 

Absolument tout.

 

 

 

 

Enfant, le monde se présentait comme infini. Les limites de la connaissance étaient promesse de nouveauté. L’excitation ne connaissait pas de frontières. Le danger et la sécurité avaient le même goût d’aventure. Tout le passé et tout l’avenir étaient contenus dans le rayonnement et les éclipses successives de l’instant. On ignorait la déception et son cortège de finitude. La déception qui tue et ainsi nous faire vivre, fait vivre en nous tuant de mille petites morts.

 

L’infini de l’enfance est un rêve de l’intelligence dont la vie lentement nous éveille. Et nous voyons à présent que, s’il était une quête, elle consisterait précisément de ne rien chercher de particulier. Le passé est pareil à un rêve dont je me souviens ; le présent est le rêve qui m’absorbe. Le futur n’est que mémoire de songes. Non, rien de nouveau sous le soleil, que de l’inédit.

 

 

 

 

Deux petits enfants jouent à poursuivre un chien complice dans ce couloir de l’université, bourgeons égarés sur un arbre mort.

 

 

 

 

Si les jours se suivent et ne se ressemblent pas, ce n’est pas faute de se copier les uns les autres. Que l’habitude soit occasion de l’inédit et non simple répétition ; qu’à la façon d’une ritournelle ou d’une ouverture musicale, elle soit l’annonce d’un chant plus grand.

 

 

 

 

C’est l’illusion de continuité qui crée l’impression de répétition. Il n’y a pas de répétition dans la discontinuité, il y a seulement des impressions nouvelles, discontinues. Et c’est le fait de lier ensemble, par une même idée, des impressions en réalité disparates, qui produit l’illusion de continuité temporelle (aux plans épistémologiques et ontologiques). Le même processus a lieu avec le moi, qui est un concept figé que l’on pose sur des moments hétéroclites de la vie physio-psychique.

 

 

 

 

Je suis un arbre aux racines de feu. J’ai connu l’âpreté des promesses non tenues du vent dans les feuillages. Tout se passe comme si toute une partie de moi-même vouait l’autre à l’insatisfaction en lui fournissant des raisons d’espérer, tandis que l’autre s’appliquerait à y croire, tout de même un peu sans y croire. L’espoir est une passion comme les autres. Le vent attise le feu mais ne le nourrit pas. Et ma tête pleine de vent porte les fruits véreux de toutes mes convoitises. La terre recule sous la brûlure de mes racines. Mon domaine est mon aliment. Le seul qui soit à ma démesure. Le seul qui brûle et me résiste. Le seul qui remplisse sa promesse. Je suis un arbre. Tête au vent, pieds de feu.

 

 

 

 

Je revois, comme si c’était hier, la baraque de foire aux lumières aguicheuses et pleines d’éblouissantes lassitudes. Ses ampoules me fixaient, fascinantes, comme des yeux de putain. Et moi, qui portais encore des culottes aux jambes pas plus hautes qu’un cartable, je me vautrais dans cet abîme de volupté grisante comme plus tard je me griserai de néant. On saisit l’infini qui est à sa portée. Par un sortilège semblable à celui qui fait que la honte se transforme en orgueil, et la peur en désir, je réduisais à ma mesure un monde qui promettait de me manger, si je n’en faisais la conquête ou le sacrifice.

 

 

 

 

Homme sans humanité dans un monde sur-humanisé, sans autre milieu qu’une vague image de soi-même. Difficulté croissante à continuer d’être homme. Nul ne peut être son propre centre sans cesser d’être celui dont il prétend être le centre. Mais, aujourd’hui, le monde ne m’est plus seulement humain. Il ne m’est plus ce lieu unique où se projettent nos fins. Le monde est quelque chose de plus grand que moi, la terre de plus grand que l’humanité, l’humain de plus grand que l’homme. C’est l’homme porté à la puissance Monde, et non le Monde réduit au facteur humain. Je n’ai plus de milieu que la totalité ouverte de tout ce qui arrive. Présence de l’éternité dans la contemplation de ma propre Nature. Je suis au monde et le monde n’est pas ma propriété. Laissant le Monde être le centre ouvert de soi dans cet avènement, l’âme se recueille en accueillant le Monde,. Elle profite du Monde comme on dit d’un enfant qu’il profite d’une nourriture.

 

 

 

 

Cœur vivant du mystère de tout. Présence où rien ne manque. Le désir crée l’objet désirable, et l’objet désiré crée l’insatisfaction. Sans convoitise, il n’y a plus d’agitation. Sans agitation, l’âme connaît le repos de soi. Tension d’accord dans l’harmonie du réel, des événements qui constituent le monde tel qu’il arrive. Vouloir le réel tel qu’il est, l’accepter et l’accueillir tel quel, sans opposer de conditions, car il est la condition de tout ce qui arrive. Unité par-delà l’expérience et par-delà le vécu. Dans l’unité de l’expérience et du vécu, le monde, comme unité et totalité, est participation à l’absolu.

 

 

 

 

Mourir en vivant ; vivre en mourant, par la route sans chemin de tout ce qui arrive où l’on essaie de vivre à la hauteur de soi. Tantôt plaisante, tantôt déplaisante : la route de qui donne un nom au bonheur. Le monde est douloureux à ceux qui ne sont nés qu’une seule fois. Mais le réel est une source comblante pour ceux qui viennent boire son eau d’éternité aux intarissables fontaines de ses événements, sans rien chercher que ce qu’ils trouvent, car la véritable découverte vient toujours avant la recherche.

 

 

 

 

Qui dira la délicatesse des bulldozers, l’intolérance des minorités, le conformisme de la jeunesse, le moralisme des marginaux ?

 

Qui dira, je me suis laissé dire, le sectarisme des gens branchés, le conformisme des moeurs libérées, le racisme des étrangers, la beauté des HLM ?

 

Qui dira la bonne odeur des carburants, du sang et des exécutions sommaires, qui dira, c’est plus facile à dire qu’à faire, l’envie de gifler ses parents, l’ivresse du meurtre et de la guerre, qui dira ce qu’il pense vraiment ?

 

Et qui dira, c’est vous qui le dites, l’absurdité de notre agitation, l’insupportable stagnation, le ridicule de nos plaisirs, la vanité de nos chagrins ; qui dira, si le cœur vous en dit, la dignité d’un seul brin d’herbe ?

 

Qui dira, cela va sans dire, le mensonge des principes non suivis d’action ? Et qui dira, on a beau dire, l’impuissance de tout constat face à ce flux de finitude ?

 

Qui dira cela tant et plus sera encore bien loin de la vérité.

 

 

 

 

Dans la simplicité frustre des campagnes et dans la vanité bigarrée des villes, je cherche un soleil à vivre que la mort n’emporterait pas. Partout, je ne trouve qu’un vieux cahier de recettes que suivent scrupuleusement des ombres vivant par procuration dans un monde mort à l’état d’embryon.

 

Dans la vie et les oeuvres des meilleurs, les sots trouvent les arguments qui manquent à leur sottise quand elle se pique de raisonnements. Ils cherchent en tout le profit à court terme de se croire quelqu’un sans avoir à n’être personne.

 

Porté par l’évidence et son éternité, je descends tout au fond de mon incomplétude et me laisse combler par ce vide sans bornes où les sages et les niais ont leur ciel commun. Je lance un fil pour le petit poisson et remonte un univers entier dans le feu du moment présent.

 

 

 

 

Sur l’autel, où yeux et bras convergent, des idoles retombent en poussière dans des mains de poussière. Dans l’inertie des chapelles, les fidèles vénèrent le cadavre en décomposition de gloires depuis longtemps éteintes.

 

Quelqu’un, au loin, rit aux larmes dans le livre blanc de la nouveauté.

 

 

 

 

Humanité zéro des bons et des mauvais sentiments

 

Humanité zéro de la vie réactive

 

Humanité zéro des grandes idées qui nient les petits accomplissements

 

Humanité zéro du réflexe conditionné substitué à l’intelligence

 

Humanité zéro du simplisme érigé en théorie du réel

 

Humanité zéro de la mauvaise conscience d’avoir fait

 

Humanité zéro du regret de n’avoir osé faire

 

Humanité zéro de l’indignation morale en guise de justice

 

Humanité zéro du catéchisme démocratique

 

Humanité zéro de la liberté d’expression sans liberté de penser

 

Humanité d’une humanité encore à naître

 

 

 

 

Il y a ceux qui regardent le monde avec les yeux de qui peut se l’offrir ; et ceux qui traversent la vie en regardant leurs pieds.

 

Il y a ceux qui se payent le luxe de ne vivre de rien ; et pour eux, seule la joie de vivre justifie d’être en vie.

 

 

 

 

Non-lieu dans le rêve sans berges de l’Histoire, où l’homme se cache dans ce qu’il montre et s’y révèle seigneur de la dépossession, inapte à reconnaître sa propre descendance sous le vernis des révoltes manufacturées. A nous-mêmes rendus méconnaissables par un incessant jeu de cache-cache, qui nous enseignera le courage de notre humaine monstruosité, symbole changeant au confluant des forces les plus apparemment contradictoires ?

 

 

 

 

Plus rien que le concert des solitudes à l’intérieur de jours sans dates. Pas même le néant, l’indifférence, le désespoir. On se pincerait pour se croire vivant.

 

 

 

 

Nous ne regardons plus ce que nous voyons, nous ne sommes plus touchés par ce que nous touchons. Ainsi, plus rien ne nous regarde, plus rien ne nous touche et plus rien n’est touché par nous : tout n’est que moulin d’instants rabâchés sans ivresse. Les cloîtrés de nous-même, nous offrons le sursaut de nos réactions à un dieu sans bonté ni colère inventé par nous pour accéder à nos moindres désirs. La présence imminente de l’être est pour nous synonyme d’ennui, Et nos vies, bêtes à manger du foin, se passent à courir derrière un bonheur dont nous ne voulons pas payer le prix de solitude.

 

 

 

 

Malgré l’orgueil des philosophes, malgré l’utilité des religions, malgré la tristesse du sage et malgré les poses d’écrivain à l’intérieur des meilleurs livres, malgré la vanité des poètes, malgré la porte en trompe l’œil de toutes les questions posées, malgré l’inconnaissabilité du fin mot de l’histoire, malgré le doute qu’il y ait même une histoire, malgré le goût de frelaté de toute les réponses, malgré les abus de langage qui traduisent notre aveuglement, malgré l’hébétude de la souffrance, malgré la joie déstabilisante, malgré tout et malgré un soi illusoire, il reste cette irrépressible aspiration qui ne doit rien aux circonstances ni au succès ni à l’échec. Le feu d’une soif inextinguible sous une pluie d’atomes, mais que de vide entre les gouttes !

 

 

 

 

Lorsque les quelques arbres que nous aurons planté jetteront une ombre définitive au jardin des promesses, quand les choses que nous auront aimé continueront sans nous leur vie désactivée, alors, le silence tombera comme un couperet sur le petit monde à peine entamé de notre existence. Se remettant sans tristesse ni consolation de cette perte irréparable — comme un membre instantanément reconstitué, onde qui se referme sur la pierre lancée —, l’univers nous absorbera dans sa perfection qu’aucune mort ne peut altérer.

 

 

 

 

Un pic au-dessus large, l’oiseau fond en direction des vagues puis s’envole à la verticale sur les ailes de ce monde en fuite. Dans l’étau de ses serres, le ciel bleu sans nuages et toutes les aspirations du monde. Comme les vagues, le désir n’existe que par le vide dont il s’alimente.

 

 

 

 

Dans le balancement des arbres et le mouvement léger des rideaux, je serai celui qui sourit au temps du fond de son éternité.  Dans le bonjour et au revoir de tout, je serai bruissements de pas sur le gravier, cris des enfants dans une cour d’école, scintillement d’étourneaux au-dessus des labours. Dans les lourdes soirées d’orage, je serai les secondes enfantines comptées avec appréhension entre l’éclair et le tonnerre ; je serai fine pluie d’été. Dans le départ de l’être aimé, je serai celui qui attend ; et dans l’attente, je serai la présence au regard voilé. Dans les ambiances empesées, dans l’ennui fardé des salons, je serai la lumière qui languit dans un recoin secret de ta désespérance. A toute heure du jour et de la nuit, dans tes rêves d’homme, je serai tes bons et tes mauvais penchants, la vengeance que tu caresses, celui que tu aides et qui te vole, l’innocent que tu jettes en prison, le mendiant sans reconnaissance, le coupable dont tu te fais le juge, l’homme sans scrupules qui te révolte. Je serai l’objet constant de ton indignation, le triomphe de la médiocrité l’impunité des méchants, la félicité des profiteurs, celui qui n’abonde point dans ton sens et qui pourtant te ressemble tant. Je serai l’or accordé aux puissants, le chien de garde qui te mord, cette vieille qui te maudit. Dans le désordre et la confusion, je serai l’éclat pur du silence  qui prélude à la parole décisive. Dans l’esclavage et le mensonge, je serai celui qui dit « Non ». Dans la mort, je serai ta naissance.

 

Si tu m’aimes...

 

 

 

 

Je suis avant de me construire moi-même, Je suis avant le monde qui me construit aussi. Je suis d’une façon qui ne doit rien au monde des façons. Je ne nie pas mon être, je ne nie pas le monde ;  mais ce qu’il veut que je fasse pour être, et ce que j’ai construit pour lui ressembler, je l’endosse et le quitte comme un habit que l’on porte et qu’on quitte. Je suis l’ouvert sans nom, sans promesses et sans reniements autres que désirs et désillusions. Je suis sans façon d’être. Je suis et ne suis pas je. Je suis la présence de tout ce à quoi je suis présent. Je suis silence plein des bruissements de l’être, rondeur diaphane de tout, irradiant sa lumière éclatante, douceur inouïe, saisissante plénitude — Je ne suis ni le ciel, ni l’enfer, ni le monde, mais un acte d’amour.

 

 

 

 

Je ne sais quoi de fil blanc ne viendrait jamais assez, si jamais il venait. L’indifférence au cœur de tant d’agitation  vit de l’absoluité d’être. Ce sont l’indifférence, l’enthousiasme et quelques « happy returns » qui nous sauvent du laminoir de la désillusion.

 

 

 

 

Retournée comme un gant, la graine oubliée de l’attente est une fleur née sur un tas d’ordures.

 

 

 

 

Eclaircie qui s’atteint elle-même d’un seul éclat de l’âme, chair de nulle part où les choses ont leur quille.

 

 

 

 

Vivre comme on conduit la nuit quand le point de départ et le point d’arrivée se rejoignent dans le trait continu d’instants en pointillés. N’avoir que soi pour consolation et l’oubli de soi pour toute allégresse. Combien parviendront vivant au rendez-vous de vivre ?

 

 

 

 

Etre plus qu’un simple reflet dans le rétroviseur de la mort. Dans l’ici et maintenant de toute plénitude.

 

 

 

 

Sous le vêtement de la vie, la nudité de vivre. L’être est une apparence qui dure !

 

 

 

 

Rien qui ne soit vraiment nôtre. Devenir, c’est être dans l’irréversible.

 

 

 

 

Par l’être, la présence est notre milieu.

 

Par la beauté nous nous en réjouissons.

 

Par la joie, nous l’aimons.

 

Par l’amour, nous lui sommes unis.

 

Par l’unité, nous avons l’être.

 

Présents à l’être, nous devenons Présence

 

Dans un cri de silence où Dieu jaillit au cœur de l’homme.

 

 

 

 

La vie s’éveille en l’âme par la conscience de la mort. L’âme chante l’éternité de l’être ; et l’être s’éveille à la vie par la vitalité du chant.

 

 

 

 

Avènement. Hors de tout intérieur à soi. Hors de soi libéré de tout. Présence. Un bonheur au confluent du oui et du non.

 

 

 

 

Ni intérieure, ni extérieure ; ni personnelle, ni impersonnelle, l’unité vécue de l’être.

 

 

 

 

Les ruines d’une maison de vigne au milieu d’un champ labouré. Les murs se sont effondrés sous la pression de l’arbre qui pousse à l’intérieur. De même, des pans entiers de notre vie parfois s’écroulent sous la poussée d’un être nouveau. Souvent, la chute des pierres devance l’arrivée de l’arbre, la mort du vieil homme l’avènement de l’homme rené. Il est préférable que l’écroulement coïncide avec l’arrivée des branches ; mais, le plus souvent, nos murs s’effondrent sans que rien ne pousse.

 

 

 

 

Toute absence est trace de présence, manque d’une chose dont on a oublié le nom. Qui, de nos jours, se soucie d’une trace sans nom ? Toute absence est un appel de la présence, annonce d’une chose dont on se souvient qu’elle n’a pas de nom. Entre l’appel et la trace advient la présence. C’est dans la sécheresse même qui est la nôtre que peut s’accomplir ce qui est déjà là.

 

 

 

 

Toute absence est désir d’une présence, manque d’une chose dont on a oublié le nom. Qui de nos jours se soucie d’une trace sans nom ? Toute présence est appel d’une absence, annonce d’une chose dont on se souvient qu’elle n’a pas de nom. Entre l’appel et la trace advient la présence.

 

 

 

 

Aucun effort n’est nécessaire, car rien qui ne soit déjà reste à accomplir.

 

 

 

 

Accomplir ce qui est, tel est notre rôle sur terre, et le bénir, que cela nous plaise ou non. Voilà un programme bien plus humble et difficile que toutes les fariboles morales et idéologiques que l’on nous raconte depuis des millénaires.

 

 

 

 

Vanité de se croire sans orgueil. Le jongleur contemple son propre accomplissement et laisse échapper ses balles. Toute chute commence d’en haut. Attraction universelle des corps vers le sommet... puis vers le bas. Le oui est l’écho inversé de la négation ; le non est la fenêtre du possible. Le oui et le non, ensemble, parviennent à dire la totalité ambiguë de l’être. La totalité ineffable s’étend, pour nous, à la frontière de leur insuffisance.

 

 

 

 

Je suis né avec quelque chose en moins ; bien sûr, je ne puis savoir quoi. Je sais seulement qu’un vide en moi est devenu comme un organe, comme un petit morceau de ciel bleu, un coin de force et de faiblesse. Il est mon incapacité à vivre le grand rêve commun ; il est solitude et présence à la fois.

 

 

 

 

C’est à toi seul que j’appartiens, invisible retrait, englobante invisibilité, Cause de tous les vivants. Et la mort ne m’est rien, je l’accueille comme un don de toi, hors de qui tout n’est que passage en pays étranger.

 

 

 

 

Pulpe nacrée, gorgée de vie, suspendue à elle-même entre ceci, cela, entre oui et non. Quintessence de toutes les rosées, ce qu’elle ne touches pas nous reste à jamais étranger.

 

Perle d’amour, fruit de sagesse à l’arbre de l’homme intérieur, rien n’existe vraiment hors de ce contenant qui se contient lui même, sans jamais rien exclure que l’irréalité.

 

Etre n’importe qui, n’importe quoi n’importe où, mais toujours avoir quelque part quelqu’un, quelque chose à aimer.

 

 

 

 

Tant de choses à être en l’homme que je suis. Etre arbre, plante, vent que je vois, goûte et sens. J’arrive par amour au-dessus de moi-même. Le vent se lève et je suis le vent qui se lève, Et je suis l’arbre qui répond au vent levé. Que toujours mon pays soit où souffle le vent. Ton Etre est en tout être intériorité.

<